L’eau des oasis est massivement exploitée pour leur vocation agricole

Publié le 27 février 2013

Nabil Gasmi est géographe géomorphologue. Il enseigne au Département de Géographie de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Sousse. Il répond aux préoccupations des journalistes en herbe concernant les ressources en eau dans la région de Tozeur. Les touristes ne sont pas responsables de l’épuisement des sources d’eau de Tozeur. La situation est plus complexe.

Développement durable et environnement

Quelles sont les raisons du tarissement des sources de surface depuis les années 1990 ?

Les eaux emmagasinées dans les aquifères (roches réservoirs) sont héritées des périodes plus humides que l’ambiance climatique actuelle. Ces réserves d’eaux héritées ont une extension transfrontalière (voir carte1).
La recharge de ces aquifères est très limitées (1 Milliard de m3/an) alors que les besoins enregistrent un rythme très accéléré (4.0 Milliard m3/an en 2000) (voir tableau).

Ce déséquilibre entre la recharge et les besoins (exploitation par forage) provoque le rabattement (tarissement) du toit (niveau) de la nappe d’eau. Les valeurs de rabattement oscillent entre 5 et 20 m par ans dans le Sud tunisien).

Il est vraisemblable que la prolifération des forages profonds (pompage) est responsable de l’accélération de ce tarissement (carte des forages entre 1960 et 1990).

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Limites du système aquifère du Sahara septentrional.

Observez l’évolution des points d’eau entre 1960 et 1990.

Points d'eau en 1960.

Points d'eau en 1990.

Quelles sont les différentes utilisations de l’eau à Tozeur ?

L’eau est massivement exploitée pour la vocation agricole : 143 million m3/ an (plus de 98%).

En second lieu nous avons l’usage urbain (domestique, industrie et tourisme).

Quelle activité est la plus récente ?

La vocation touristique de la ville de Tozeur a connu un remarquable renforcement depuis la fin des années quatre-vingts dans le cadre du programme développement du tourisme saharien.

L’eau utilisée pour l’irrigation en agriculture est-elle de même qualité que celle utilisée pour les activités touristiques ?

L’eau utilisée pour l’irrigation est issue des nappes profondes (de 200 à 2200 m). Il s’agit le plus souvent d’une eau potable relativement chargée en sodium (salinité de 1 à 3,5 g/l).

La SONEDE (société publique) est chargée de la distribution des eaux à usage urbains et touristique. Elle dispose de ses propres forages contrôlés selon les normes de l’OMS.

Comment l’eau arrive-t-elle dans l’oasis de Tozeur ?

L’eau captée jadis à partir des sources situées à l’amont de l’oasis est orientée suivant des conduites à ciel ouvert (rigoles) vers les parcelles. Ce système de partage des eaux est hérité depuis l’antiquité (époque berbères).

Ce système a vu une grande amélioration dans le moyen-âge grâce à l’ingénieur hydraulicien Ibn Chabbat.

De nos jours des techniques nouvelles ont vu le jour (conduite bitumée, vanne, bassin réservoirs, goutes a goutes).

Quelles sont les conséquences agricoles des forages sur la qualité des sols ?

La croissance du nombre des forages équipés par des motopompes provoque une accélération de l’épuisement de la nappe et cela se manifeste particulièrement par le taux de salinité de ces eaux qui ne cesse d’augmenter.

L’irrigation par ces eaux relativement chargées en sels contribue à la stérilisation des sols et la baisse continuelle du rendement des parcelles.

Pourquoi peut-on dire qu’il y a un conflit entre les différents types d’utilisation de l’eau à Tozeur ?

C’est un constat injuste, l’agriculture persiste dans sa position dominante dans l’exploitation des eaux. La crise des oasis du Jérid Est Nefzaoua est plutôt socio-économique. Il s’agit de problèmes liés au partage des gains et les conflits d’intérêts au sein de la filière agroalimentaires des produits des oasis notamment les dattes !

Informez-vous sur le prix d’1 kilo de dattes dans un magasin près de chez vous. Sachez que ce même kilo est payé 50 centimes d’euros à l’agriculteur de Tozeur.

Nabil Gasmi est membre de l’Association de Sauvegarde de la Médina de Tozeur qui aide l’envoyé spécial des journalistes en herbe dans ses recherches.

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