L’action de Bibliothèques sans frontières (BSF) en Tunisie

Publié le 27 février 2013

Les journalistes en herbe du collège Poquelin ont interrogé à Paris Anna Soravito, coordinatrice des programmes, Bibliothèques Sans Frontières. Elle présente l’action de cette ONG en Tunisie.

Solidarité

Beaucoup de bibliothèques ont été détruites pendant la Révolution. Est-ce accidentel ou représentaient-elles des cibles et pourquoi ?

Le réseau des bibliothèques publiques tunisien, sous la tutelle du Ministère de la Culture de Tunisie, compte 380 bibliothèques, dont 350 fixes et 31 mobiles, dans lesquelles sont recensés plus de 500 000 ouvrages en langues arabe et étrangère. Ce réseau d’ampleur permet de toucher plus de 2 millions de lecteurs dont la grande majorité sont des étudiants et élèves.

Lors de la révolution de janvier 2011, de nombreuses bibliothèques ont subi de graves dommages, soit parce que proches de bâtiments publics représentant l’Etat et le pouvoir, soit suite à des représailles des partisans de l’ancien régime. Une quarantaine de bibliothèques publiques ont ainsi été pillées ou brûlées, le matériel informatique endommagé, et de considérables dégâts causés aux fonds documentaires. Les habitants se sont rapidement mobilisés et la Direction de la Lecture Publique de Tunisie a sollicité des partenaires pour remettre sur pied les infrastructures et reconstituer les fonds documentaires afin de permettre une réouverture rapide des bibliothèques. Les bibliothèques tunisiennes ont en effet un rôle considérable à jouer dans la transition politique, sociale et économique du pays et doivent devenir des lieux ouverts à tous les publics, des points d’accès à l’information et à l’éducation pour tous, des espaces de construction de la démocratie et du citoyen.

Pouvez-vous nous décrire l’action de BSF en Tunisie, ses objectifs ?

Le Ministère de la Culture tunisien a, courant 2011, sollicité l’appui de l’Ambassade de France pour la reconstruction et la restructuration du réseau de bibliothèques publiques endommagé pendant la révolution tunisienne. L’action menée par Bibliothèques Sans Frontières s’inscrit dans le cadre de cet appui global. Bibliothèques sans Frontières a ainsi appuyé, en partenariat avec le bureau du Livre de l’Ambassade de France à Tunis et d’autres associations, le renouvellement des collections francophones de quatre bibliothèques ayant subi des dommages. Plus de 10 000 ouvrages ont ainsi été donnés par BSF aux bibliothèques de Kasserine, El Mnihla, Dar Chaâbane El Fehri et Mdjez El Bab. L’objectif de cette action était de faciliter l’accès à la lecture et à l’information des habitants d’El Mnihla, Kasserine, Dar Chaâbane El Fehri, et Mdjez El Bab. La remise officielle des ouvrages a eu lieu de 9 février 2012 à Tunis.

- Bibliothèque Régionale de Kasserine : 3120 ouvrages
- Bibliothèque municipale d’El Mnihla : 2787

- Bibliothèque Municipale de Dar Chaâbane El Fehri : 2521
- Bibliothèque municipale de Mdjez El Bab : 1574

Êtes-vous présents dans les campagnes ?

Dans le cadre de ce projet, BSF a appuyé la Direction de la Lecture publique de Tunisie pour le renouvellement des collections francophones de 4 bibliothèques situées à Medjez El Bab, Dar Chaâbane El Feri, Kasserine et Mnihla. Dans le cadre d’autres programmes, BSF agit dans des zones rurales.

Les livres que vous récoltez pour la Tunisie sont-ils en français ou en arabe ?

Bibliothèques Sans Frontières collecte chaque année dans son entrepôt des Yvelines près de 300 000 ouvrages. Ces collectes se font d’abord auprès de bibliothèques, d’institutions et d’entreprises mais également auprès de particuliers soucieux d’en faire bénéficier des populations qui n’y ont pas accès. Ces livres, essentiellement en français mais également dans d’autres langues, sont ensuite triés et catalogués dans la base de données en ligne de BSF. Les bibliothèques partenaires font ensuite leur choix parmi les ouvrages proposés dans notre catalogue. Cela permet de répondre au mieux à leurs besoins et attentes. Bibliothèques Sans Frontières respecte en cela la Charte du Don de livres de l’UNESCO et s’engage à ne jamais imposer un livre.

Dans le cadre du projet d’appui aux bibliothèques endommagées de Tunisie, BSF a été missionné pour appuyer la reconstitution des collections francophones mais les collections des bibliothèques tunisiennes sont en majorité arabophones et les achats de livres en arabe ont parallèlement été effectués par le Ministère de la Culture de Tunisie auprès de fournisseurs locaux.

Ces livres, vous les achetez ou on vous les donne ? Qui vous les donne ?

Les livres donnés aux 4 bibliothèques de Tunisie début 2012 proviennent du stock de Bibliothèques Sans Frontières, qui est issu de dons d’éditeurs, de bibliothèques et de particuliers (voir paragraphe précédent). Les livres ont été sélectionnés par les équipes de BSF en lien direct avec les bibliothécaires tunisiens.

En plus des dons effectués par les associations françaises avec l’appui du Ministère français de la Culture, des achats d’ouvrages ont été effectués localement par la Direction de la lecture publique.Pour BSF, le don de livres est un levier parmi d’autres pour appuyer la diffusion du savoir mais il n’est pas suffisant et il est essentiel que pour chaque don, des acquisitions locales soient effectués parallèlement pour soutenir les chaines du livre locales (écrivain, éditeurs, imprimeurs, libraires…) et proposer des ouvrages adaptés aux besoins des usagers.

Le taux d’analphabétisme est-il important en Tunisie ?

Le taux d’alphabétisation en Tunisie est de 77,6% (PNUD en 2008). Les bibliothèques sont des lieux indispensables de lutte contre l’analphabétisme et d’apprentissage tout au long de la vie et doivent donc être soutenues.

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Pour visiter le site de BSF, cliquez sur l’image.

Les enfants viennent-ils beaucoup dans vos bibliothèques ? Qu’aiment-ils lire ?

Les bibliothèques tunisiennes sont essentiellement fréquentées par les plus jeunes. Près de 90% des usagers des bibliothèques du réseau sont en effet des élèves ou des étudiants. Mais la bibliothèque reste dans l’imaginaire collectif davantage un lieu lié à l’école et aux apprentissages scolaires qu’un espace de loisir et de réalisation personnelle. BSF va donc continuer à travailler avec les bibliothèques du réseau pour favoriser le développement de la lecture jeunesse loisir en Tunisie, par le biais de la formation des professionnels et par des expérimentations innovantes.

Le budget alloué à vos actions en Tunisie est-il important ?

Le budget global de cette action est de 31800 euros, qui a permis la collecte, le tri, la sélection et le transport des ouvrages jusqu’à Tunis. Cette action a été financée par le Ministère Français de la Culture et le Conseil Général de l’Essonne.

Combien de temps votre action va-t-elle durer en Tunisie ?

L’action de renouvellement des collections francophones des quatre bibliothèques endommagées a eu lieu entre mai 2011 et mai 2012. Mais au delà de cette action, BSF réfléchit avec ses partenaires tunisiens à la mise en place de projets plus structurants d’appui au développement des bibliothèques en Tunisie.

Les membres de BSF sont-ils salariés ou bénévoles ?

Début 2013, BSF compte une vingtaine de collaborateurs en France (salariés et volontaires de service civique), une équipe en Haïti composé de Volontaires de Solidarité Internationale et de salariés locaux et près de 300 bénévoles en France et à travers le monde.

Après le départ de BSF les bibliothèques restent-elles ?

C’est notre volonté ! L’objectif de Bibliothèques Sans Frontières est d’appuyer le développement des bibliothèques mais aussi de favoriser leur autonomisation. BSF met notamment en place des projets pilotes de développement d’activités génératrices de revenus au sein des bibliothèques pour leur permettre de subsister financièrement dans des contextes où les pouvoirs publics soutiennent peu les structures culturelles. Après notre départ, nous continuons par ailleurs de suivre et de conseiller les bibliothèques que nous avons appuyées.

Si oui, par qui sont-elles reprises ?

Les bibliothèques n’appartiennent jamais à BSF et les actions sont toujours menées avec un partenaire local (association, collectivités locales, Etat) qui assurera la pérennité du projet. Dans le cas tunisien, les bibliothèques appuyées font partie du réseau de lecture publique soutenu par le Ministère Tunisien de la Culture.

Pour découvrir l’enquête des journalistes en herbe sur l’action de BSF en Haïti, cliquez ICI.

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