Le combat d’Irina pour les chiens errants de Bucarest

Publié le 22 janvier 2015

Irina Topor consacre tout son temps libre aux chiens errants de Bucarest pour les accueillir et les nourrir dans un refuge. Elle répond aux questions des élèves de Roland Dorgelès à Paris.

Droits humains

Qui êtes-vous ?

Je suis Irina Topor, j’ai 31 ans et je travaille comme manager en ressources humaines dans une entreprise à Bucarest. Je consacre tous mes week-ends au refuge que j’ai créé avec mon ami Marian en périphérie de Bucarest, en 2009. Avant la création du refuge, Marian recueillait déjà des chiens abandonnés sur un terrain en friche.

Ensemble, grâce à l’aide d’associations, nous avons installé des enclos et amélioré le lieu qui s’appelle désormais “Le refuge d’Irina et Marian ”. Nous ne recevons aucun financement de la part de l’État ou d’autres institutions. On survit grâce aux dons que l’on reçoit par l’intermédiaire de l’association française Charly le Blanc.

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Pourquoi y a-t-il autant de chiens errants en Roumanie ? D’où viennent-ils ? Pourquoi les maîtres laissent-ils leurs chiens dehors ?

Tout a commencé pendant le communisme. Le dictateur Ceausescu a obligé beaucoup de personnes à déménager de leurs maisons pour habiter dans des immeubles en ville. Les gens ont donc laissé les chiens, chats ou autres bestioles dehors, car ce n’était pas permis de les prendre dans les immeubles.

Depuis, aucun gouvernement ou institution n’a fait quoi que ce soit pour empêcher le nombre de chiens d’augmenter. Il n’y a pas eu de réel programme de stérilisations et d’éducation de la population dans ce sens. Conséquence : en 20 ans, le nombre de chiens errants dans les rues de Bucarest a atteint plusieurs milliers.

Depuis septembre 2013, le gouvernement a mis en place une politique d’extermination suite à un accident (un enfant est mort après avoir été mordu par des chiens) et pendant plus d’un an des milliers de chiens ont été tués. Mais comme aucun programme de stérilisation n’a été mis en place, les chiens continuent de se reproduire et de souffrir tous les jours dans les rues de Bucarest.

Y en a-t-il dans les villes seulement ou aussi à la campagne ?

Les chiens errants sont partout, dans la ville et surtout à la campagne où les paysans ont encore moins de bons réflexes pour s’occuper des chiens. À la campagne, les animaux sont considérés comme des objets ou, dans le cas des vaches, cochons ou poules, comme des moyens de se nourrir...

À la campagne, les chiens domestiques sont attachés par une chaine et ne mangent que des restes de nourriture. Bien que domestiques, ils sont donc assez sauvages. Ils servent principalement de "chien de garde". La condition des chiens est encore plus difficile à la campagne qu’en ville. De plus, il y a rarement des campagnes de stérilisation à la campagne.

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Quels dangers font-ils courir à la population ? Ces chiens sont-ils porteurs de maladies ?

C’est vrai que dans certains cas, des chiens errants peuvent être dangereux, quand ils sont en meute, quand ils se sentent attaqués ou quand on leur jette des pierres. S’ils peuvent paraître parfois agressifs, c’est parce qu’ils ont peur et qu’ils sont en mode "survie".

Contrairement aux chiens de race, les chiens des rues sont très costauds. Ils sont beaucoup plus résistants aux maladies, car ils ont développé une immunité assez importante, contrairement aux chiens d’appartement. Généralement, les maladies qu’un chien peut avoir ne sont pas transmissibles aux humains. À part la rage, mais il n’y a pas eu de cas de rage depuis plus de 20 ans en Roumanie.

Savez-vous si d’autres pays ont ce type de problème ?

La souffrance animale n’a pas des frontières et malheureusement on constate que de plus en plus de pays ont ce problème de gestion... Je peux nommer la Turquie, la Bulgarie, l’Ukraine, l’Espagne et de plus en plus la Grèce, surtout pour les chats.

Pourquoi certains politiques sont-ils favorables à l’éradication des chiens errants ?

C’est la façon "la plus simple" de se débarrasser des chiens errants, sauf que c’est juste pour montrer qu’ils "font" quelque chose. Le vrai problème demeure : les chiens ne sont pas stérilisés et ils continuent à se reproduire à une vitesse ahurissante. Un couple de chiens peut faire deux portées par an soit entre 10 et 16 chiots, qui à leur tour, dès leurs six mois, commencent à se reproduire. Ainsi, chaque jour, des milliers de chiots naissent aux quatre coins du pays...

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Y a-t-il d’autres solutions que l’euthanasie ? Des associations essaient-elles de faire adopter ces chiens ?

En Roumanie, comme dans d’autres pays qui connaissent ce problème, des associations essayent d’aider comment elles peuvent en faisant stériliser et adopter des chiens. Mais par rapport au volume impressionnant de chiens, leur aide est une goutte d’eau dans l’océan de misère animale.

Avec l’association Charly le Blanc, nous avons mis en place un marathon de stérilisations et chaque année on essaie de faire un maximum. Cependant, les problèmes continuent d’exister. Une solution serait de faire des vrais programmes de stérilisation, d’éduquer la population, de faire des pages internet pour présenter les chiens qui sont dans les refuges et d’encourager leur adoption.

Où mettez-vous les chiens errants quand vous les attrapez ?

Nous essayons de les mettre à l’abri, au refuge dans lequel je suis investie, ou dans des pensions familiales. Avec l’association Charly le Blanc, nous essayons de leur trouver des familles en Roumanie ou en France. Le refuge à Bucarest est parrainé par cette association française.

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Pour aller plus loin :

- plus de photos sur le site de l’association Charly le Blanc

- vous pouvez également en trouver sur le site du refuge créé par Irina et Marian à Bucarest->http://leforumdecharly.forumsgratuits.fr/]

- écrit par une étudiante en journalisme en mai 2014, ceci est un bon article pour compléter

- à propos d’animaux mal traités, avez-vous vu ce reportage dans une réserve d’ours ?

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