Selon le cinéaste Malek Hosni, la censure recule au Liban

Publié le 24 janvier 2016

Malek Hosni représente le futur du cinéma libanais et travaille à son premier film. Il répond aux questions de Rita, du lycée Philippe de Girard à Avignon, une cinéphile qui veut en savoir plus sur le cinéma au Liban.

Culture et francophonie

Le cinéma est-il une pratique culturelle courante dans la vie des Libanais ? Sinon comment cela peut-il s’expliquer ?

Le cinéma est une activité courante dans la vie des Libanais, spécialement à Beyrouth. On va au cinéma surtout dans les centres commerciaux, donc tu ne trouves que des blockbusters américains et rarement des films français. L’industrie du cinéma libanais est peu développée. On pourrait dire qu’elle est presque inexistante. En 2015, une trentaine de films ont été produits, ce qui est un record dans l’histoire du cinéma de l’après-guerre au Liban. Un seul a eu du succès (Very big shot). Mais je suis optimiste, de plus en plus de films libanais ont du succès à l’international. Un film libanais a remporté la palme d’or du court métrage à Cannes en 2015. En même temps, il existe des centres culturels comme Achkal Alwan, Dawawin ou Metropolis qui encouragent les jeunes à s’intéresser à l’art du cinéma. Ils proposent des ateliers sur le cinéma.

C’est dans le café Urbanista de Beyrouth que nous rencontrons Malek Hosni

Le film Bevrouth Hôtel a été censuré au motif qu’il traitait de l’assassinat du Premier ministre libanais Rafic Hariri. Même si l’enquête sur cet assassinat n’était pas terminée, cela justifiait-il que ce film soit censuré ?

Le film Beyrouth Hôtel n’a pas été censuré uniquement pour des raisons politiques mais aussi parce qu’il y a des scènes érotiques, donc c’est un tout. Et puis l’enquête sur la mort de Hariri ne va jamais aboutir. Cela fait déjà 10 ans qu’il est mort. Donc ce film ouvre des portes que les gens qui sont au pouvoir n’ont pas envie d’ouvrir. C’est comme le cas de la guerre de 75 qui n’est pas présente dans les manuels scolaires d’histoire parce que l’État ne le permet pas. Ils sont dans le déni et puis les conflits sont toujours d’actualité. Ce qui est juste pour un camp pourrait être mal perçu pour un autre. Donc, on préfère ignorer le passé. Le drame du Liban c’est que nous sommes encore gouvernés par ceux qui se sont fait la guerre.

La censure est-elle omniprésente dans le cinéma libanais ? Quels sont les motifs premiers de la censure et donc les valeurs, les principes moraux qui seraient défendus à travers elle ?

La censure est très présente dans le cinéma libanais, comme dans les autres pays arabes d’ailleurs. Et je crois que la censure ici est une chose qui est très absurde. Le gouvernement actuel est très conservateur, alors tout ce qui est sexe ou nudité, tu peux être sûr qu’ils l’enlèveront. Tout ce qui a rapport avec Israël ou la communauté juive ne peut pas être projeté au Liban. Il y a quelques années, le film 3D Tintin, réalisé par Steven Spielberg, a été interdit au Liban, parce que Spielberg a fait une donation d’un million de dollars à l’Etat israélien. Ça va aussi loin que ça.

Parfois, c’est la compagnie de distribution qui décide d’éliminer des scènes ou de traficoter le montage du film. Par exemple en 1994, quand Pulp fiction est sorti dans les salles de cinéma, la compagnie de distribution a décidé que c’était plus esthétique de présenter les scènes par ordre chronologique. Ils ont alors remonté tout le film. Ils ont bousillé le concept de Tarantino.

La censure peut dépendre aussi d’une personne, de quelqu’un qui est derrière un bureau et qui dit : « j’ai pas envie ». Il y a une web-série qui s’appelle Mamnou3 (« interdit », en arabe) c’est une comédie qui affiche la vie quotidienne dans un bureau de la censure. Mais aujourd’hui, je crois que la menace de la censure diminue, et internet joue un grand rôle dans tout ça. Quand tu fais un film et que tu réussis à le distribuer en ligne, il n’y a plus de frontières et la communauté internationale peut le découvrir. Dans le monde entier, le concept d’aller regarder un film au cinéma est en train de mourir, c’est triste.

Des films de toutes nationalités sont-ils projetés ?

Très peu de cinémas projettent des films qui ne sont pas hollywoodiens. Metropolis est un des rares endroits qui fait des projections de films européens et libanais. D’ailleurs, aujourd’hui, le festival du cinéma européen démarre à Metropolis. Metropolis est aussi une maison de distribution.

Malek Hosni

Sources sonores

  • Merci de vous présenter et de nous dire pourquoi vous pouvez répondre à ces questions ?

  • Le film Zovtoun est troublant de par l’amitié entre ce Palestinien et cet Israélien. Qu’ont pensé les spectateurs de ce film plein d’audace ?

  • La création du festival du cinéma libanais né en 2001 a-t-elle réellement permis aux producteurs libanais de se développer ? Pourquoi n’y a t-il pas de palmarès ?

  • - Le printemps arabe a-t-il eu des répercussions sur la nature des films libanais tournés ?

  • Question bonus : pourquoi avez-vous choisi le cinéma et est-ce facile de réaliser un film au Liban ?

  • Question bonus : quels sont vos projets en tant que jeune réalisateur ?

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